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Sensei Ouali : 40 ans de pratique

Sensei Alain Ouali : 40 ans de pratique

Le mot du professeur



QUELQUES CONSEILS DESTINES A NOS NOUVEAUX MEMBRES

Il nous semble indispensable de vous dire quelques mots sur le nom de notre club, nos buts, les règles de “Dojo” ; tant pour faciliter vos progrès que pour vous éviter malentendus et maladresses.
Ce nom n’a aucune intention péjorative à l’égard des autres clubs français. Il exprime seulement notre désir d’être efficaces, non seulement en combat (défense personnelle et compétitions) mais aussi à tous les moments de la vie quotidienne en développant toutes les qualités humaines (centre moteur, émotif, intellectuel
et autres) pour parvenir à un équilibre aussi parfait que possible et par suite d’être heureux de vivre en pleine possession de ses moyens... et de rendre heureux
les autres.

Pour comprendre cette forme d’art de vivre/morale/philosophie/religion”, qui
en fait n’est que bon sens et logique, voici quelques conseils.
Relisez-les de temps en temps. Car au fur et à mesure que vous réalisez des progrès vous les comprendrez
et les sentirez à des niveaux de plus en plus élevés.

La salle d’entraînement est un “DO-JO”. C’est à dire un lieu (Jo) pour la recherche de la “Voie” (Do). Même si vous ne percevez pas avec clarté le sens réel de cette “voie”,
vous réalisez certainement que ce qui va vous être transmis, dans ce cadre, est l’héritage indubitable de plusieurs milliers d’années de recherches, de pensées et de sacrifices.
Vous devez
donc éprouver du respect et de la reconnaissance envers les générations passées qui se sont transmises oralement ces secrets réels qui vont vous être transmis en relais, et que vous ne pourriez assimiler que si vous êtes ouverts
et dignes de les recevoir. Si votre esprit est fermé et vos buts uniquement matériels, vous n’assimilerez qu’une toute petite partie de l’enseignement, la moins intéressante pour votre vie et qui consiste pour vous à frapper les autres jusqu’au jour où vous serez vous-même frappés.

Aussi, en entrant dans le “Do-Jo” devez-vous saluer avec humilité et reconnaissance le Dojo dont le passé est si plein de souvenirs et de générosité au point de vous avoir conservé jusqu’à ce jour tant de secrets que vous n’auriez pu découvrir seul. Vous devez aussi saluer de la même façon les autres membres du Dojo, en particulier les anciens (qui
vont vous aider). Il s’agit aussi de vous excuser, d’avance, de toutes les maladresses (physiques ou de comportement) que vous êtes susceptibles de commettre. Le Dojo est loin d’être une salle de
jeu ni de sport. En revanche, il ne s’agit pas non plus d’un lieu triste et lugubre. Certes, vous pouvez rire, vous détendre hors des cours, sans vous enliser dans les discussions politiques et religieuses.
Bien entendu, il est inutile peut être de vous inviter à vous laver les pieds, à couper très court vos ongles des pieds et des mains pour l’entraînement.

En outre, Lorsque l’instructeur s’assied, cessez de parler, venez vous placer en rang, bien alignés, pieds joints, et attendez le signal du plus ancien pour vous asseoir sur les talons.

L’instructeur, en s’asseyant devant la „tradition passive”, devient la “tradition active”. Il représente tout le passé, des millénaires de tradition en plus des richesses du présent. Il est le “Guide” et non le “Maître” (le Maître étant en vous). Vous lui
devez donc amitié, reconnaissance.
En sus vous devez vider votre esprit de tout souci, préjugés et critiques pour mieux assimiler ce qu’il va s’efforcer de vous transmettre.

En saluant, soyez sincère et ne vous relevez pas avant lui, selon les règles les plus élémentaires de la courtoisie.

C’est la voie la plus courte pour progresser en tout, en combat comme dans les autres domaines.
Nous. Tenons à préciser que, pour nous, la compétition n’est ni un but, ni une fin en soi. Tout le monde n’est pas fait pour être champion, ni n’en nourrit l’ambition.

Notre but est avant tout “l’épanouissement de la personnalité humaine” ou pour
être plus précis, le “développement du potentiel humain” dans son intégralité, sachant qu’un homme normal n’en utilise que le dixième environ. Il est notoire que ce
développement peut être plus facilement obtenu au travers de la pratique des arts
martiaux, qui mettent en jeu l’instinct et l’esprit.

Ces derniers sont donc pour nous bien plus que des sports.

Tous les arts martiaux, comportent le mot “Voie” (Do). II y a d’autres “Voies”, tendant à l’épanouissement de l’homme. Elles sont mêmes nombreuses (morales,
religieuses, ésotériques, scolaires, scientifiques, artistiques ou sportives.) A notre avis, et sans doute au vôtre, puisque vous envisagez de les pratiquer, la “Voie
des arts martiaux (BU-DO en japonais) est l’une des plus complètes. Elle est aussi parfaite pour le corps que passionnante. Elle est efficace aussi bien pour la défense personnelle que pour tous les actes de la vie quotidienne... même lorsque l’on a arrêté de pratiquer, après plusieurs années de formation. C’est la seule voie qui permette de retrouver l’instinct le plus pur, l’instinct de conservation, qui unifie intuition, gestes naturels et coulés, équilibre physique et mental, anticipation, concentration mentale, courage et volonté, c’est-à-dire, l’équilibre des trois centres de base (intellectuel/émotif/moteur ou esprit/coeur/corps).

Il est évident que, si l’enseignement des arts martiaux est axé uniquement sur la “compétition” ou la “self-défense”, on peut obtenir de bons combattants, qui perdront presque tout s’ils cessent l’entraînement. C’est sans doute la raison pour laquelle, un ex-champion est en règle générale un bon enseignant, mais ne forme
presque jamais d’autres champions. Il en est de même pour les experts japonais. Les palmarès prouvent que les champions ont été formés par des non-
japonais. Il en est de même pour l’aspect commercial. Seul un club sans but lucratif, dirigé par des amateurs passionnés et de haut grade, peut obtenir nos résultats.

Si vous êtes un bon observateur, un bon imitateur, un tant soit peu sportif, vous pourrez acquérir assez rapidement précision, force, vitesse et effectuer des mouvements corrects et beaux : il s’agit de la “technique extérieure” qui satisfait ceux qui cherchent à paraître ou qui s’illusionnent. Mais lorsqu’on cherche à appliquer sa technique extérieure sur des partenaires (ou des adversaires en compétition ou en combat réel) qui ne sont pas du tout d’accord pour être touchés ou projetés et qui, en plus, cherchent à vous vaincre, c’est alors que l’on doit
gagner avec sa “tête” ; c’est à dire, avec les “techniques intérieures”. Ce principe est tellement évident qu’on l’oublie la plupart du temps.

Qu’entend t-on par “technique intérieure ?"
On ne peut t’expliquer ici. Car ce genre de choses ne peut se comprendre par la simple lecture. Néanmoins, on peut parler de contrôle des émotions (tellement perturbées en combat), de compréhension des faiblesses de l’esprit-cerveau (vulnérable à l’autosuggestion, aux feintes et aux détournements d’attention). La relaxation, les techniques de respiration et l’apprentissage des divers Kiai font partie du travail intérieur. Ce que vous faites en “technique extérieure” influe sur votre “intérieur” à travers votre mental et votre organisme, et ce que vous faites en “technique intérieure” influe sur votre
corps, vos gestes, votre équilibre, vos réflexes et vos organes.
Au DOJO, vous devez déployer des efforts particuliers, plus intenses qu’à tout autre moment de votre vie. Ce qui est logique puisque vous y venez pour vous “entraîner”,
vous faire “secouer” même, non seulement développer les dons moteurs de votre corps, mais aussi tous les autres dons que la nature a mis en vous, afin d’être
plus efficaces en tout et à tous les moments de votre vie. Si vous êtes paresseux, arrogants, indifférents, comment l’instructeur ou les anciens éprouveront-ils l’envie
de vous transmettre ce qu’ils ont eu tant de peine à assimiler dans l’humilité ?
Parlez le moins possible. Ne pas parler du tout serait l’idéal. Ecoutez et regardez ce qui doit être regardé devant vous si vous êtes seul (regard de “Montagne lointaine”).
Regardez votre partenaire si vous êtes deux. Ne regardez ni le sol, ni les pieds, ni les autres couples, ni ceux qui sortent et entrent dans le DOJO, sinon vous bloquerez votre esprit et votre corps.

A chaque entraînement “défoncez-vous” selon l’expression occidentale ou “pulvérisez votre corps” selon l’expression extrême-orientale. Continuez même si votre tête commence à tourner, que vous avez envie de vomir ou l’impression que vous allez vous évanouir.
Ainsi, vous trouverez vos limites et serez surpris de découvrir des limites insoupçonnées,
des deuxièmes souffles (bien connus) mais aussi d’autres formes physiques et mentales de “deuxième souffle”. Soyez ardents, passionnés, réguliers. Ne soyez pas pressés. Les grades sont sans réelle importance. A la limite certains en vendent..
Seriez-vous meilleurs ?
Pas de lâcheté envers vous-même, pas de fausse modestie ni de fausse humilité. Tout doit être vrai et sincère au Dojo. Pour VOUS. Ne vous découragez pas. Cela vient de ce que vous pensez au “temps” (fugace invention
de l’homme) et de ce que vous vous comparez aux autres. Si vous avez été très réguliers et qu’il vous semble que vous plafonnez ou même que vous rétrogradez, n’oubliez jamais que c’est le signe logique que vous allez monter d’un niveau. Pour sauter à pieds joints une marche plus haute, il faut que vous preniez un élan, en pliant un
peu votre corps. En technique il en est de même. Si l’on s’entraîne honnêtement, les moments où l’on a l’impression de baisser sont toujours ceux qui précédent
un progrès. Vous allez monter un niveau : le vôtre. Ne vous comparez pas aux autres et ne les critiquez pas. Ce que sont les autres est leur problème. Vous vous sentirez peut être mieux, mais cela retardera votre progression. Notez plutôt les qualités des autres que leurs défauts.

Un cours n’est qu’un ensemble de conseils et de directives. C’est en dehors des cours que vous ferez de véritables progrès, par vos entraînements personnels.

Ce qui peut vous sembler une “brimade” ou une “punition” d’un ancien, s’il prend cette peine, est une marque d’intérêt. Préféreriez-vous qu’il soit indifférent
et vous laisse dans votre ignorance ? Secouez-vous : si vous avez été un peu paresseux, lâche avec vous-même, orgueilleux, inutilement brutal ou si vous avez
manqué aux règles du Dojo, peu courtois, même si on ne vous en a pas fait la remarque. Punissez-vous vous-mêmes en vous imposant des exercices de répétitions utiles, des tours de Dojo en “canard” (très bons pour les cuisses et le cœur) etc.

C’est ce que l’on appelle “l’autopunition” aux manquements des règles du Budo. C’est un bon truc, mais ce n’est qu’un “truc” qui ne remplace pas une véritable progression sincère, honnête, pure et régulière.

Bienvenue et bon courage. A bientôt, le plaisir de “transpirer” ensemble.



Note :

Le karaté peut se pratiquer très jeune (5 à 6 ans). A ce niveau, la pratique est plus éducative et ludique.

La spécialisation technique commence à l'âge de 12 ans et s'adapte au développement psychomoteur de l'adolescent.

Dès l'âge de 16 à 18 ans, les jeunes peuvent présenter l'examen du 1er Dan et se lancer dans les assauts sportifs.

Après 3 ou 4 ans de pratique, selon les motivations et les possibilités du pratiquant, l'entraînement s'orientera vers la recherche d'un équilibre physiologique et psychique et sera, par conséquent, plus intétiorisé.

Le but étant le contrôle de l'energie interne, cette pratique pourra se poursuivre suivant ce rythme tout au long de l'existence du ptatiquant, tout en assurant un maximum d'efficacité pour un minimum d'efforts.

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